Parce que la culture a toujours été la lumière qu’il faut suivre lorsque surgit l’ombre, on vous propose quelques références culturelles sur lesquelles vous pencher pour creuser un peu plus l’actualité. Deux pièces de théâtre, des ouvrages littéraires, un documentaire et quelques podcasts, de quoi vous interroger et observer d’autant plus politiquement les évènements actuels.
Comment la non violence protège l’état : essai sur l’inefficacité des mouvements sociaux, Peter Gelderloos
Ouvrage de 2023, dans lequel Peter Gelderloos reprend une question fondamentale, qu’il paraît nécessaire de poser aujourd’hui, à l’aube de nos bouleversements politiques actuels : comment et pourquoi faudrait-il se débarrasser du dogme de la non-violence pour que nos luttes sortent de leurs impasses ? Face à la violence de l'État, de la police, et du capitalisme, doit-on trouver une nouvelle méthode ? Une véritable problématique à l’heure où les plateaux télévisés nous paraissent saturés d’images violentes, contrebalancées par des discours accusateurs et culpabilisants. Un propos en 6 parties, agrémentés d’un avant-propos et d’une annexe à consulter absolument.
Disponible aux Éditions Libres.
La tyrannie des bouffons : sur le pouvoir grotesque, Christian Salmon
S’informer sur le contexte politique mondial, c’est également le moyen de garder un œil sur les schémas répétitifs et les stratagèmes mis en place. Dans cet ouvrage, Salmon dénonce avec un certain humour les mécaniques politiques de ces dernières années. Selon lui, le contexte géopolitique mondial fonctionne sur un rouage essentiel : le pouvoir grotesque. L’usage des réseaux sociaux, qui deviennent de plus en plus la cible des gouvernements à mesure que l’on se rend compte de leur puissance unitaire, les algorithmes et l’idée du “choquer pour faire parler” rythment les interventions de plusieurs figures. Avec La tyrannie des bouffons, Christian Salmon signe un petit essai de moins de 250 pages, sur l’importance de conserver un regard critique et une analyse globale autant qu’individuelle pour ne pas se laisser avoir par le marketing politique.
À découvrir aux éditions LLL Les Liens qui Libèrent.
Que fait la police ? Et comment s’en passer, Paul Rocher
Paul Rocher signe un ouvrage complexe et fourni sur le mythe policier. Étude motivée par des chiffres et des notes mises en annexe du livre, il démontre comment la police ne servirait en réalité qu’à garder une emprise sur la société, à des fins de contrôle, voire de “réorganisation autoritaire”. De plus en plus inégalitaire, la société construite telle qu’elle l’est se baserait sur un système répressif, dont il serait possible de se passer ; à la place, une justice démocratique et réparatrice, justifiée selon l’auteur par le fait que la police est avant tout née d’un système économique capitaliste et qu’elle serait son premier soutien. Face aux actes de plus en plus violents et aux bavures éclipsées dans les discours médiatiques, il paraît nécessaire de pouvoir apporter un discours solidement argumenté sur le plateau, tout en proposant des alternatives : les exemples de l’Afrique du Sud et de l’Irlande du Nord sauront le démontrer.
Disponible aux éditions La Fabrique.
Au nom du maintien de l’ordre, Paul Moreira (ARTE)
Pour comprendre les nouveaux mécanismes de maintien de l’ordre et avoir une vision plurielle du contexte actuel, il faut aussi apprendre à regarder en arrière. Chaque contexte, chaque événement, peut provenir d’une multitude de facteurs différents. Avec ces deux documentaires, Paul Moreira vous propose de revenir tout d’abord quelques années en arrière, afin de porter un regard neuf sur la transformation de plus en plus autoritaire de la police : les ordres, les témoignages, et la portée politique d’un tel changement. Comment est-on passé du simple maintien d’une manifestation au contrôle systématique et répressif des manifestants ? La peur est devenue un outil et les libertés publiques, une idée dispensable. Comment et pourquoi en est-on arrivé là, c’est ce que proposent cette duologie.
À retrouver sur youtube et la plateforme ARTE.
Le signalement, de François Hien, Léa Porracchia, et Flora Souchier
Pour ne pas perdre de vue la colère des lycéen.nes au milieu du capharnaüm étatique, on vous propose de vous mettre à leur place, et de vous immerger deux heures vingt dans le quotidien d’un lycée autogéré, menacé autant par le rectorat que par les serpents en son propre sein. Une pièce qui interroge les rapports de force, même lorsqu’il s’agit de structures différentes, le poids de la parole, et l’impact d’un système défaillant sur sa jeunesse. Comment protéger les enfants d’un monde qui s’acharne à les détruire ? Quelle est la bonne réponse à adopter lorsque leur intégrité est menacée ? Inspirée de faits réels, cette pièce se veut témoin d’un mode de fonctionnement qui déraille et accusatrice de celles et ceux qui le protègent. Un texte puissant et des acteur-ices amateur-es, on n’a pas vu les deux heures passées, et on en est ressortis profondément bouleversé-es.
Présentée au CENT QUATRE PARIS et texte éditions Libel.
Nos assemblées, de la Cie Babel
Comment fait-on pour garder en tête l’idée que notre système est, et se promet, supposément démocratique, où chacun.e devrait avoir sa voix ? Par quelles images peut-on faire comprendre le fonctionnement d’un vote ? Et quelles seraient, peut-être, les alternatives ? Comment vaincre le sentiment d’impuissance politique qui semble gangréner les membres de notre société ? Face à la logique individualiste, la Compagnie Babel propose un spectacle participatif, qui se veut capable de donner une nouvelle définition de l’assemblée. Si “défiance et désintérêt pour la chose politique semblent grandir autour de nous tandis que les logiques individualistes des modes de vie et de pensée gagnent du terrain”, comment s’y opposer ?
Un spectacle à découvrir sur plusieurs dates, dans toute la France, tout au long de la saison 2026/2027.
Côté podcast
Car il est plus facile de vous en conseiller plusieurs d’un coup que d’y dédier cinquante slides supplémentaires, voici une liste non exhaustive de nos recommandations, à écouter sans modération :
Café Rhétorique : Clément Viktorovitch, politologue, rediffuse ses lives twitch. Le mot d’ordre : analyses politiques, preuves à l’appui, et commentaires éclairants. De quoi conserver un regard critique, tout en s’octroyant le droit de s’énerver face au contexte politique général.
Folie douce - politiser la santé mentale : car il a toujours été important de converser santé mentale, et qu’il est d’autant plus important aujourd’hui d’y ajouter un regard politique, Lauren Bastide accueille deux fois par mois des personnalités du monde de la culture ou militant pour l’aborder. Engagé et touchant, ce podcast nous a particulièrement ému.
Bavardage : impossible de passer à côté du podcast d’Anna, connue sous le pseudo de Grande Bavardeuse sur les réseaux. Comme elle le dit si bien, tout est politique, et ses invités le montrent bien : de Valentin Gendrot à Adèle Haenel, on apprécie particulièrement le mélange entre philosophie, politique, et conversation entre ami-e-s.
Ces oeuvres ont un point commun : nous inviter à questionner le monde qui nous entoure, à déconstruire les discours dominants et à imaginer d’autres possibles. Autant de ressources pour nourrir notre esprit critique, faire entendre d’autres voix et continuer à penser, débattre et résister. Bonne découverte !

