Les lycéen.nes sacrifié.es : la jeunesse réclame le droit à un avenir

« Le futur, c’est nous, c’est la jeunesse !  Je ne me vois pas sans avenir. » Depuis le 25 septembre plusieurs lycéen.nes de France se sont mobilisé.es pour dénoncer l’insalubrité de leurs établissements scolaires, le manque de moyens et le délaissement de l’État de certains lycées, notamment ceux de banlieue parisienne.

Photographie de Simon Salaün, le 2 octobre 2026

D’un mouvement à échelle locale à une mobilisation nationale

Dans plusieurs lycées, l’état des établissements suscite l’inquiétude. Salles de classe vétustes, absence de chauffage, bâtiments nécessitant des travaux de rénovation : les conditions d’accueil des élèves se dégradent, contraignant certains établissements à installer des salles de cours dans des préfabriqués au sein même des lycées. Initialement conçues pour être des structures provisoires, ces installations tendent pourtant à s’inscrire dans la durée, devenant de véritables salles de classe. Une situation qui soulève des interrogations quant aux conditions d’apprentissage des élèves, notamment face aux températures extrêmes.

En hiver, l’absence de chauffage contraint parfois ces derniers à conserver leur manteau pendant les cours pour tenter de se protéger du froid. À l’inverse, lors des épisodes de fortes chaleurs, comme ceux rencontrés l'été précédent, les préfabriqués peuvent rapidement devenir étouffants. Même fenêtres ouvertes, la chaleur y reste difficilement supportable, rendant les conditions de travail particulièrement pénibles pour les élèves comme pour les enseignant.es. Derrière ces installations provisoires devenues durables se pose ainsi une question plus large : celle de l’état des infrastructures scolaires et des moyens consacrés à leur rénovation. 

Le manque de moyen se reflète aussi au travers du manque de personnels éducatifs, d’absence de professeur.es et de remplaçant.es ou encore d’accompagnant.e éducatif et social (AES). C’est le cas du lycée Paul-Éluard, en Seine-Saint-Denis, qui, depuis plusieurs semaines, se retrouve au cœur du mouvement, leur premier blocus ayant eu lieu le 25 septembre 2026. D’autres lycées du département ont eux aussi rejoint le mouvement, en solidarité, pour à leur tour dénoncer leurs conditions de travail. Ces lycées de banlieues souhaitent avoir le même traitement et le même environnement scolaire que leurs homologues parisiens. Leurs revendications sont simples : iels souhaitent  apprendre et étudier au sein d’un établissement décent, avec une équipe pédagogique présente. Iels veulent qu’on croit en leur avenir autant qu’iels y croient en leur donnant les moyens d’en avoir un.

L’éducation sacrifiée sur l’autel des économies ?

Leurs revendications sont justifiées. Le gouvernement ayant supprimé, en 2026, un total de 4 000 postes au sein de différents établissements scolaires, fait rapporté par la chaîne parlementaire Public Sénat, les lycéen.nes se retrouvent à devoir subir les restrictions de l'État. Sachant qu’en 2027, le ministre de l’Éducation nationale prévoit de continuer sur cette voie, en date du 1er octobre 2026, Edouard Geffray a déclaré à l’AFP vouloir supprimer 1 588 postes d’enseignant.es supplémentaires dans le cadre du projet de loi de finances. Le gouvernement ne cesse de répéter que les lycéen.nes ne souhaitent pas étudier, et qu’il existe un manque de nouveaux enseignant.es. Néanmoins, ce sont ces mêmes personnes qui nuisent à la réussite de jeunes adolescent.es et de futur.es enseignant.es.

De même, deux tiers des établissements scolaires ont été construits dans les années 1970, ce qui explique l’insalubrité des locaux. Face à cet héritage immobilier vieillissant, les investissements dans la rénovation restent au cœur des préoccupations. Si l’objectif est de favoriser la réussite et l’accès à l’éducation des jeunes, la question des conditions dans lesquelles iels étudient ne peut être éludée. Adapter et rénover leur environnement de travail apparaît comme un enjeu essentiel pour leur permettre d’étudier dans de meilleures conditions.

Étudier sans soutien, construire son avenir dans l’incertitude

La santé mentale est devenue un enjeu majeur, particulièrement depuis les confinements liés au Covid-19, en 2020. Les conditions d’étude difficiles et le manque de personnel tendent à accentuer le mal-être des lycéen.nes. La présence d’assistant·es sociaux·ales ou de psychologues scolaires permettrait notamment d’offrir un espace d’écoute aux victimes de harcèlement ou aux jeunes confrontés à l’anxiété scolaire. À cela s’ajoute Parcoursup, une plateforme sur laquelle des adolescent.es en fin de lycée doivent faire des choix déterminants pour leur avenir dans un système perçu comme particulièrement stressant. Iels sont trié.es et sélectionné.es sur des critères assez aléatoires et se retrouvent parfois sans établissements d’études supérieures. Malgré la hausse des problèmes de santé mentale chez les jeunes depuis la crise sanitaire, les moyens consacrés à leur accompagnement restent insuffisants.

Lors de leur blocus le 2 octobre 2026 devant le lycée Rosa Parks, à Saint-Denis, des jeunes mobilisé.es nous ont fait part de leurs craintes face au manque de personnel et à l’organisation de leur établissement. L’un des lycéens a notamment exprimé son inquiétude : « Moi, cette année, je n’ai pas de prof d’espagnol. Il doit y en avoir un ou deux pour tout le lycée. Ça se trouve, l’année prochaine, je n’aurai pas de prof de français. » Iels se retrouvent livré.es à eux-mêmes, et nous disent: « On nous dit que l’éducation, c’est important, mais nous, on se sent délaissés. » Certain.es élèves se plaignent également de leur emploi du temps surchargé et de leurs journées saturées : iels n’ont plus de temps pour elleux.

“On nous dit que l’éducation, c’est important, mais nous, on se sent délaissés.”

Le soulèvement des lycéen.nes a aussi été soutenu par plusieurs étudiant.es, notamment à Paris 8 qui, le 1er et 2 octobre 2026, ont bloqué leurs facs, puis ont été rejoints par les étudiant.es de Paris 13 Sorbonne Paris Nord. Contrairement aux étudiants de Paris 8, ces dernier.ères n’avaient pas bloqué leur université depuis plusieurs années.

Plusieurs lycéen.nes ont fortement apprécié ce geste, se sentant seul.es face à une police violente et répressive, qui « attend un petit débordement pour venir charger », rapporte un lycéen de Rosa Parks. Les blocus, pour la plupart pacifiques, se font intercepter par les forces de l’ordre : des mineur.es face à des adultes fortement armés, qui chargent en direction de lycéen.nes souhaitant faire entendre leur voix. Un autre lycéen exprime son incompréhension face aux méthodes employées  « Ce n’est pas normal d’avoir des boucliers comme ça ». Le message porté par ces manifestations et blocus qui se multiplient à travers la France dépasse désormais le cadre d’un établissement ou d’une revendication isolée. Il met en avant un malaise plus large face aux conditions d’étude, au manque de moyens et aux inégalités qui sévissent dans le système éducatif. Pour cette génération, la mobilisation entend se poursuivre tant que des réponses concrètes ne seront pas apportées. Reste désormais à savoir si l’État choisira d’entendre cette colère avant qu’elle ne gagne davantage de terrain.

Tania Mameri, Simon Salaün et Yanna Zadnepryanov

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À Taïwan, une jeunesse entre vie quotidienne et menace chinoise